
Les leaders communautaires de Mabalako sont appelés à s’investir davantage dans la sensibilisation de la population à la lutte contre la maladie à virus Ebola (MVE). Cet appel a été lancé dimanche 25 octobre 2026, lors d’un dialogue communautaire organisé à Mabalako, chef-lieu du groupement Baswagha-Madiwe, dans le territoire de Beni, au Nord-Kivu.
Cette rencontre a été organisée par la société civile, forces vives du groupement Baswagha-Madiwe, à travers son Groupe de travail thématique (GTT) Santé. Elle visait à renforcer l’implication des leaders communautaires dans la prévention de la maladie et à contribuer à interrompre la chaîne de transmission du virus dans la zone de santé de Mabalako.
Des chefs de base, des responsables d’associations, des pasteurs ainsi que des dirigeants d’établissements scolaires ont pris part à ces échanges. La zone de santé de Mabalako était également représentée par Guerchom Mangelele, infirmier titulaire du Centre de santé de Mabalako, qui intervenait au nom du médecin chef de zone.
À cette occasion, il a présenté la situation épidémiologique de la maladie dans cette entité sanitaire. Selon les statistiques communiquées par la zone de santé, 99 cas confirmés de la maladie à virus Ebola ont été enregistrés depuis le 6 juin 2026, date de notification du premier cas, avec un bilan de 68 décès. Le taux de létalité s’élève ainsi à 69,3 %, une situation qui suscite des inquiétudes auprès des professionnels de santé.
Guerchom Mangelele a notamment indiqué qu’au moins 80 % des décès seraient enregistrés chez des patients arrivant dans la phase humide ou hémorragique de la maladie, ce qui témoignerait, selon lui, d’un recours tardif aux soins.
Les échanges ont été structurés autour de trois principales préoccupations : pourquoi Ebola continue-t-il de se propager dans la zone de santé de Mabalako ? Pourquoi certaines personnes hésitent-elles à collaborer avec les équipes sanitaires ? Et comment protéger les familles tout en respectant les valeurs culturelles et la dignité humaine ?
Au cours de ce dialogue, les participants ont relevé plusieurs facteurs susceptibles de favoriser la propagation de la maladie. Certains ont évoqué le manque d’informations de la population sur la gravité d’Ebola, tandis que d’autres ont dénoncé l’insuffisance des moyens consacrés à la riposte, notamment en matière de gestion des dépouilles.
Ils ont également soulevé des difficultés liées à la communication entre les prestataires de soins et la communauté, à la multiplication des postes de santé accueillant des cas confirmés ainsi qu’au manque de vaccins, présenté par certains participants comme un facteur susceptible d’accentuer les inquiétudes et les tensions autour de la riposte.
Les participants ont, par ailleurs, exprimé leurs préoccupations concernant les enterrements réalisés avant la confirmation des résultats des analyses. Selon leurs témoignages, certaines dépouilles auraient déjà été touchées par des membres de la communauté avant l’arrivée des équipes chargées des enterrements dignes et sécurisés, augmentant ainsi les risques de contamination.
À l’issue des discussions, plusieurs recommandations ont été formulées. Elles portent notamment sur le renforcement des capacités des leaders communautaires et des équipes sanitaires en matière de sensibilisation, ainsi que sur l’amélioration du dialogue entre les professionnels de santé et la population. La fermeture de certains postes de santé a également été proposée par les participants.
Ces derniers estiment qu’une meilleure coordination entre les prestataires de soins et les responsables communautaires, associée à une participation accrue des familles aux enterrements dignes et sécurisés, pourrait contribuer à limiter la propagation du virus.
Saluant les recommandations issues de ces échanges, Guerchom Kasonia, secrétaire du GTT Santé, a insisté sur la nécessité de renforcer la sensibilisation à tous les niveaux de la communauté. Il a appelé la population à éviter toute forme de résistance aux mesures sanitaires et à collaborer étroitement avec les équipes de riposte.
Il a également exhorté toute personne présentant des signes pouvant évoquer la maladie à se rendre rapidement dans une structure sanitaire appropriée pour une prise en charge adéquate.
Concernant la protection des enfants en milieu scolaire, Guerchom Kasonia a invité les parents à collaborer avec les responsables des établissements scolaires afin de favoriser les échanges sur la santé et la sécurité des élèves. Il souhaite, en outre, voir les leaders communautaires s’impliquer activement sur le terrain dans les actions de sensibilisation.
De son côté, la zone de santé de Mabalako a fait état de plusieurs difficultés entravant la riposte, notamment l’insuffisance d’espace pour la prise en charge des malades, le besoin de formation des leaders communautaires et le manque de moyens financiers, alors que les activités de riposte concernent l’ensemble de la zone de santé.
Pour Guerchom Mangelele, le respect des mesures barrières recommandées par les professionnels de santé demeure essentiel pour prévenir les contaminations.
Pour la société civile, cette rencontre n’avait pas pour objectif de désigner des responsables ou d’opposer la communauté aux prestataires de soins, mais plutôt de comprendre les difficultés rencontrées sur le terrain et de recueillir les différentes opinions afin d’identifier des solutions adaptées au contexte local.
Elle estime que la lutte contre Ebola ne peut reposer uniquement sur les professionnels de santé, mais nécessite la participation active de toutes les composantes de la communauté. Chaque leader est ainsi appelé à devenir un acteur de prévention, à relayer des informations vérifiées et à combattre la stigmatisation des personnes touchées par la maladie.
Thanks-Aiglon Mukanda Paluku