
La suppression de plusieurs agents de santé des fichiers de paie continue de provoquer de vives inquiétudes dans la province du Nord‑Kivu. Selon Bitisho Bin Malira Guillaume, point focal du syndicat national des licenciés, maîtrises et docteurs en sciences de santé, près de 490 agents ont été élagués au niveau national, dont environ 270 dans le Nord‑Kivu, alors qu’une grande partie d’entre eux reste active dans les structures sanitaires.
Il précise que ce problème ne date pas d’hier. Certains agents avaient déjà été écartés auparavant, malgré la possession de numéros matricules des séries 5 et 6, attribués par le ministère de la Fonction publique. Ces agents avaient perçu leur rémunération jusqu’en décembre 2025 avant d’être retirés des listings en 2026.
À titre d’exemple, il cite la zone de santé de Beni, où une quarantaine d’agents seraient concernés, ainsi que celle d’Oicha, également touchée. D’après lui, certains avaient déjà été mis à l’écart lors des contrôles biométriques récents, sous prétexte que leurs numéros matricules n’étaient pas valables.
Face à cette situation, le syndicat a lancé une collecte d’informations dans différentes zones de santé. Les agents concernés sont invités à remplir des fiches avec leurs identités et coordonnées afin de préparer un recours. « Nous allons même écrire au président de la République par rapport à cette question », affirme Bitisho Bin Malira Guillaume.
Le syndicaliste rappelle que ces professionnels assurent des services essentiels dans un contexte sécuritaire difficile. Ils prennent en charge des malades dans les structures sanitaires, des victimes de violences armées, ainsi que des veuves de militaires et d’autres personnes affectées par les conflits.
Tout en reconnaissant l’existence possible d’agents fictifs dans certains listings, il estime que la solution doit passer par des vérifications sur le terrain. Il rappelle qu’un exercice similaire avait déjà été mené en 2020 lors de la révision du fichier de la prime de risque, sans contestations majeures.
Selon lui, les suppressions actuelles risquent d’avoir des conséquences sociales graves dans une région déjà marquée par l’insécurité liée aux attaques des ADF et du M23. « Ces agents sont en train d’étouffer », déclare‑t‑il, évoquant la pauvreté et la précarité extrême qui frappent les professionnels privés de leur rémunération.
Le syndicat appelle le gouvernement à examiner rapidement ces dossiers pour distinguer les agents réellement actifs de ceux qui ne le sont pas. Un appel est également lancé aux autorités provinciales, notamment au gouverneur Évariste Somo Kakule, afin qu’elles accompagnent les professionnels de santé dans la recherche de solutions.
Parallèlement, les organisations syndicales annoncent une réunion prochaine de l’intersyndicale et l’envoi de correspondances aux ministères de la Santé, des Finances et du Budget. En attendant, Bitisho Bin Malira Guillaume exhorte les agents concernés à garder leur calme et à continuer à servir la population.
Justin Mupanya