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Nord-Kivu et Sud-Kivu : l’ONG Badilika alerte sur une recrudescence des violences

Entre décembre 2025 et février 2026, la situation sécuritaire et humanitaire dans l’est de la République démocratique du Congo s’est gravement détériorée. Dans un rapport rendu public ce lundi 02 mars, l’ONG Badilika documente au moins 270 civils tués au Nord‑Kivu et de multiples violations des droits humains au Sud‑Kivu, confirmant l’ampleur des violences armées persistantes.

Au Nord‑Kivu, les territoires de Beni, Lubero, Rutshuru, Masisi et Nyiragongo, ainsi que la ville de Goma, figurent parmi les zones les plus touchées. Les attaques sont attribuées aux ADF, aux FDLR, au M23 et à certains groupes dits Wazalendu, mais des éléments des forces armées congolaises sont également cités. Le rapport fait état de 270 civils tués en trois mois, dont près d’un cinquième de femmes, ainsi que d’une soixantaine de blessés. Trois militaires, dont un policier, figurent aussi parmi les victimes.

Parmi les incidents recensés, 15 civils ont été massacrés début février à Mambimbi‑Isigo, dans le territoire de Lubero, lors d’une incursion nocturne. À Mangadu, dans le territoire de Beni, trois cultivateurs ont été abattus. À Rutshuru, une attaque attribuée aux FDLR a causé un mort et plusieurs blessés graves à Kabanda. Le rapport mentionne également 21 cas de pillages et d’incendies : 25 maisons brûlées, 16 boutiques pillées, 18 motos et deux véhicules détruits ou emportés. Des enlèvements et arrestations arbitraires sont signalés, dont celui d’un adolescent de 14 ans à Kanyabayonga, après l’assassinat de ses parents par des hommes armés.

La crise a provoqué d’importants déplacements de populations, notamment à Masisi où plus de 178 000 personnes déplacées internes sont recensées.

Au Sud‑Kivu, la situation reste tout aussi alarmante. L’ONG Badilika dénonce des cas d’enlèvements, de tortures, d’arrestations arbitraires, de disparitions forcées et d’extorsions, largement attribués aux éléments du M23. Les journalistes, les commerçantes, les jeunes et les personnes vivant avec un handicap sont particulièrement ciblés. Fin décembre 2025, un journaliste local a été enlevé à Bukavu et retrouvé une semaine plus tard, gravement torturé. Entre janvier et mi‑février 2026, plus de 50 jeunes auraient été enlevés dans différents quartiers de la ville, certains transférés vers le Nord‑Kivu pour un enrôlement forcé.

Les barrières illégales et les taxes arbitraires se multiplient sur les routes, notamment entre Bukavu et Kamituga, ainsi que dans les territoires d’Idjwi et de Kalehe. Les voyageurs doivent s’acquitter de sommes allant de 10 000 à 100 000 francs congolais à chaque poste de contrôle, sous peine de passages à tabac.

Dans son analyse, l’ONG souligne que la multiplicité des groupes armés, la circulation incontrôlée des armes légères et l’absence de mécanismes crédibles de justice alimentent un climat d’impunité généralisée. Malgré la signature d’un accord entre Kinshasa et Kigali sous médiation américaine et l’annonce d’un cessez‑le‑feu sur certaines lignes de front, la protection des civils demeure insuffisante.

Badilika appelle au renforcement urgent de la protection des populations, au démantèlement des groupes armés, à la fin des pratiques d’extorsion et à l’engagement de poursuites judiciaires contre les auteurs de violations graves. Le rapport conclut que les civils continuent de payer le plus lourd tribut dans une crise sécuritaire et humanitaire profonde.

Justin Mupanya

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