
Le secteur éducatif de Beni respire un peu après plusieurs semaines de tensions. L’ouverture du procès en appel de deux enseignants de l’axe Mutwanga–Mwenda, détenus à la prison centrale de Kangbayi, a suscité un sentiment de soulagement au sein du Syndicat des Enseignants du Congo (SYNECAT), sous-section de Bungulu Beni.
Ces deux enseignants, Kakule Wakisa Jean Louis et Mumbere Ndambire Roger, avaient été condamnés par la cour militaire de Beni pour des faits de torture corporelle infligés à des élèves, dont l’un est décédé en décembre 2023. Leur condamnation initiale – des peines allant de 4 à 18 ans de prison – avait provoqué une grève massive dans les écoles de Mutwanga et Mwenda, paralysant les cours et entraînant une mobilisation sans précédent des enseignants.
Le secrétaire permanent sous-provincial du SYNECAT, Muhindo Katsuva-Delphin, estime que l’ouverture de ce procès en appel est une étape cruciale pour « lever les zones d’ombre » du premier jugement et garantir une décision équitable. Dans ce contexte, le syndicat a annoncé la suspension provisoire de son mouvement de grève, afin de laisser la justice travailler en toute indépendance. Les enseignants sont invités à assister aux audiences pour témoigner de leur solidarité et suivre l’évolution du dossier.
Au-delà de l’aspect judiciaire, cette affaire a eu un impact social majeur. Les parents d’élèves ont exprimé leur inquiétude face à la perte de cours et au risque de compromettre l’année scolaire. Les comités d’élèves ont dénoncé la situation et demandé aux autorités de trouver une solution urgente. Les chefs d’établissements, eux, craignent que la confiance envers l’école et les enseignants ne soit durablement affectée.
Le SYNECAT insiste sur la nécessité de préserver la dignité et l’image des enseignants, rappelant que leur rôle est essentiel dans la formation des jeunes générations. Le syndicat espère que ce procès contribuera à restaurer la confiance des parents et des élèves envers l’école, tout en mettant en lumière les conditions difficiles du métier d’enseignant en RDC : salaires précaires, manque de formation continue, et recours à des méthodes disciplinaires contestées.
Cette affaire illustre les défis structurels du système éducatif congolais, où les tensions sociales et les crises judiciaires fragilisent l’enseignement. Le procès en appel est perçu comme une opportunité de rétablir la vérité, d’apaiser les tensions et de renforcer la confiance dans les institutions judiciaires et éducatives.
En attendant le verdict, le SYNECAT reste vigilant et prévient que la reprise de la grève n’est pas exclue si les attentes de transparence et d’équité ne sont pas respectées. Pour les enseignants de Mutwanga–Mwenda, ce procès est bien plus qu’une affaire judiciaire : il est devenu un symbole de la lutte pour la justice et la reconnaissance de leur profession.
Justin Mupanya