
Les opérations conjointes SHUJAA, menées dans l’est de la République démocratique du Congo par les Forces armées de la RDC (FARDC) avec l’appui de l’armée ougandaise (UPDF), continuent de susciter débats et interrogations au sein de l’opinion publique.
Initialement lancées pour traquer et neutraliser les combattants des Forces démocratiques alliées (ADF), ces opérations peinent, à ce jour, à apporter une solution durable à l’insécurité persistante dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.
Pour Christophe Munyanderu, activiste des droits humains basé en Ituri, le bilan reste mitigé et appelle à une analyse sans complaisance. Selon lui, la responsabilité des résultats actuels incombe à la fois aux FARDC et aux UPDF, engagées conjointement sur le terrain.
Alors que certaines voix s’élèvent pour exiger le retrait des troupes ougandaises, l’argument de la souveraineté nationale est régulièrement avancé. Une position légitime, estime-t-il, dans la mesure où la défense du territoire congolais relève avant tout des FARDC. Toutefois, il rappelle que l’intervention de l’UPDF répondait à une demande des autorités congolaises, notamment pour pallier un déficit d’effectifs.
Dans ce contexte, plusieurs zones d’ombre persistent.
Les UPDF opèrent-elles seules en première ligne ou dans un dispositif réellement coordonné avec les FARDC ?
La réponse à cette question est déterminante pour établir les responsabilités, notamment en matière de planification et de conduite des opérations.
Autre préoccupation majeure : l’hypothèse d’un retrait des troupes ougandaises.
Les FARDC disposent-elles aujourd’hui des capacités suffisantes pour empêcher un éventuel retour des ADF dans leurs anciens bastions ?
Sans une montée en puissance effective, un vide sécuritaire pourrait favoriser une résurgence des violences.
Christophe Munyanderu attire, de ce fait l’attention sur certains discours relayés dans l’espace public. Des témoignages d’anciens otages évoquent des messages attribués aux ADF, conditionnant la fin des attaques au départ des UPDF. Pour lui, la reprise de ces propos par certains acteurs politiques ou sociaux pose question et mérite une réflexion approfondie.
Face à ces défis, il plaide pour une évaluation inclusive des opérations SHUJAA, associant autorités congolaises et ougandaises, ainsi que des représentants de la société civile. L’objectif serait d’identifier les failles, de revoir les tactiques et d’adopter une stratégie plus efficace.
Enfin, l’activiste recommande un renforcement de l’approche offensive, appuyée par des moyens technologiques modernes permettant de mieux localiser et neutraliser les groupes armés. Il rappelle que les premières phases des opérations avaient permis de libérer plusieurs localités, notamment dans les territoires de Beni et d’Irumu.
Pour Christophe Munyanderu, le retrait des UPDF ne devrait intervenir qu’après des résultats significatifs sur le terrain et un renforcement avéré des capacités des FARDC, afin de garantir une paix durable dans la région.
Thanks-Aiglon Mukanda Paluku