
Devant le Conseil de sécurité à New-York, Me Néné Bintu Iragi, présidente de la Société Civile du Sud‑Kivu, a livré ce mardi 29 septembre une intervention marquée par un ton d’alerte sur la situation sécuritaire et humanitaire dans l’Est de la République démocratique du Congo. Elle a rappelé que l’élection de la RDC comme membre non permanent du Conseil pour 2026‑2027 avait suscité un immense espoir, mais que cet espoir se heurte aujourd’hui à un effondrement sécuritaire financé par les minerais.
Dans les zones sous contrôle de l’AFC/M23, une administration parallèle impose taxes et exactions. Elle a insisté sur le caractère économique du conflit, décrivant comment coltan, cassitérite et or sont extraits sous contrainte, mélangés à du minerai dit “propre”, puis exportés pour financer l’achat d’armes.
Sur le plan humanitaire, elle a évoqué une catastrophe oubliée : près de 10 millions de déplacements forcés en 2025, dont 800 000 déplacés internes au Sud‑Kivu privés d’assistance depuis six mois. Concernant les défenseurs des droits humains, elle a dénoncé les menaces, arrestations et disparitions visant ceux qui documentent les massacres et les taxes illégales.
Elle a plaidé pour une assistance renforcée, rappelant que dans l’Est, défendre les droits humains équivaut à une condamnation à mort. La société civile du Sud‑Kivu a formulé des demandes précises à l’attention du Conseil. Elle appelle à la protection des civils, en garantissant un accès humanitaire inconditionnel et en confiant à la MONUSCO un mandat clair dans les zones à haut risque.
Elle insiste sur la nécessité d’un dialogue inclusif, qui intègre la société civile, les femmes et les jeunes, au‑delà des accords de Luanda, Nairobi, Washington et Doha, afin de préserver l’unité nationale et la cohésion sociale. Elle plaide également pour une justice économique, avec des sanctions contre les réseaux financiers et les comptoirs qui alimentent la guerre, le renforcement des enquêtes internationales et l’obligation pour les multinationales de publier leurs audits de diligence raisonnable.
Elle demande enfin un soutien aux initiatives locales, en finançant les organisations de femmes et de jeunes, la relance agricole et des alternatives au recrutement armé, pour offrir aux communautés des perspectives de paix et de développement. Me Néné Bintu Iragi a remercié la France pour avoir permis cette voix au Conseil et averti que tant que l’on pourra tuer pour contrôler une mine et vendre son produit à l’international sans être inquiété, la guerre ne prendra jamais fin.
Justin Mupanya