
À l’occasion de la Journée nationale du poisson célébrée ce 14 juin en République démocratique du Congo, les pêcheurs du lac Édouard interpellent les autorités sur la dégradation continue de leurs conditions de travail et les multiples menaces qui pèsent sur l’avenir du secteur halieutique dans la région.
Sur les rives de ce lac, considéré comme l’un des plus importants réservoirs halieutiques du pays, les communautés de pêcheurs disent faire face à une insécurité grandissante. Elles dénoncent notamment les exactions attribuées aux groupes armés actifs dans la zone, dont le M23-AFC et certaines milices Wazalendo, accusés de favoriser la pêche illicite et d’entretenir des réseaux de corruption.
Selon plusieurs témoignages, les pêcheurs sont régulièrement victimes d’arrestations arbitraires, de violences et, dans certains cas, d’exécutions. À cette situation s’ajoute le différend frontalier persistant entre la RDC et l’Ouganda sur les eaux du lac Édouard. Les pêcheurs congolais rapportent être fréquemment interpellés par la marine ougandaise, qui procède parfois à la saisie de leurs embarcations et de leurs équipements de pêche.
Les acteurs du secteur pointent également du doigt les dysfonctionnements dans la gestion des ressources halieutiques. La police de la pêche et certains services étatiques sont accusés de fermer les yeux sur la pêche illégale, voire d’être impliqués dans des pratiques de corruption. Dans le même temps, les forces navales congolaises peinent à assurer efficacement la protection des pêcheurs et des ressources aquatiques.
Cette situation a des répercussions directes sur l’économie locale. La baisse de la production de poisson entraîne une diminution significative des revenus des ménages vivant de cette activité. Face à cette crise, de nombreux pêcheurs abandonnent progressivement leur métier pour se tourner vers l’agriculture. Les conséquences touchent également les familles, dont plusieurs enfants sont contraints d’abandonner leurs études faute de moyens financiers.
Pour sortir de cette impasse, les communautés de pêcheurs réclament une série de mesures urgentes. Elles demandent notamment le renforcement de la sécurité sur le lac, la lutte contre la corruption, la protection des ressources halieutiques, ainsi qu’une clarification définitive des limites frontalières avec l’Ouganda. Elles plaident également pour un accompagnement socio-économique des ménages affectés et le développement de la pisciculture comme alternative durable à la pêche traditionnelle.
Par ailleurs, une autre préoccupation suscite de vives inquiétudes : le projet d’exploitation pétrolière envisagé dans le lac Édouard. Les pêcheurs craignent que cette activité n’entraîne une dégradation irréversible de l’écosystème et ne compromette durablement leurs moyens de subsistance.
En cette Journée nationale du poisson, les communautés riveraines rappellent que la préservation des ressources halieutiques constitue un enjeu majeur pour la sécurité alimentaire et le développement économique du pays. Pour elles, protéger les pêcheurs du lac Édouard revient à préserver une richesse nationale essentielle pour l’avenir de la République démocratique du Congo.
Justin Mupanya